EDITORIAL
Le Cahier
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Aux Réfugiés Français !

Dans le cimetière d’AMAY

Pourquoi ce monument ?
Il conserve le souvenir des évacués français qui ont été accueillis à Amay. Histoire méconnue que nous vous partageons grâce aux souvenirs de Docteur Wibin – qui sont repris dans la brochure des « Passeurs de Mémoire » : "La vie à Amay en ce temps-là."

A AMAY :

On annonce l’arrivée prochaine de réfugiés du nord de la France – 500 pour Amay, 150 pour Jehay, 80 à Flône, 125 à Ombret, 250 à Ampsin. Nous devons y passer aussi pour en héberger.

«  Lundi 7 mai 1917  :

Réveil à 4 h du matin. Les réfugiés français sont annoncés depuis l’après-midi de dimanche. Tout le monde est réuni à la gare pour les attendre : Comité, bourgmestres des communes, médecins des environs, Ombret, Hermalle, Amay, Ampsin, Villers-le-Bouillet, Chapon-Seraing, Jehay, Bodegnée, Flône … Le train n’arrive qu’avec 2 h de retard, à 6 h ½ - 1.300 personnes descendent dont la plupart des jeunes, des fillettes, des vieilles personnes, un hospice de 150 vieillards, dont 20 impotents, un orphelinat, dont principalement 70 gamins – et 4 wagons de 40 forçats avec leurs gardiens de la prison de Douai, gardés par 20 Allemands avec leur tenue des tranchées.


Benjamin Wibin - 1862 - 1939

J’adresse à l’abbaye de Flône les 70 gamins. Amay reçoit l’hospice des vieillards et les vieilles femmes et une vingtaine d’infirmes des 2 sexes. D’autres communes, entre autres St Georges, Ampsin et Ombret prennent la population et quelques infirmes.

L’enregistrement à Amay s’est fait difficilement. On a dû caser le tout dans différentes salles avec de la paille, chez Coffet, Poleur, Mottard, Pire, Herbillon, Hubert Delcominette. En effet, ces malheureux quittaient un hospice et se trouvaient ici dépourvus de tout. L’hygiène surtout laissera à désirer. Tous ces malheureux, malgré leurs souffrances physiques et morales, sont encore stoïques. Ils ne savent pas beaucoup plus de choses que nous de la guerre, à part qu’ils entendaient le canon continuellement. Ce sont des évacués déjà depuis plusieurs semaines, des environs d’Arras.

Les forçats ont été mis au cinéma, rue de Biber et à Flône. L’orphelinat s’y trouve on ne peut mieux ; cela se comprend : les mères et les sœurs sont outillées et sont aux petits soins pour eux. 3 sœurs de St Vincent de Paul les avaient accompagnés, mais elles ont dû repartir. » BW.

«  A partir du 5 octobre 1917  :

Les réfugiés français quittent graduellement le pays.

Ce mardi 9 octobre 1917 : départ de la plupart des réfugiés français d’Amay, de Jehay, Ampsin, etc., Ombret, Hermalle. Un premier départ avait lieu à minuit. Dès le matin, les évacués avaient dû venir au bureau allemand pour faire viser leur argent et leurs bijoux qu’on leur a remis sous enveloppes cachetées. A 5 h réunion à la gare au local Magnery où avait lieu la visite corporelle et sanitaire. A 10 h l’embarquement et à minuit le départ. On n’a rien pu voir, personne ne pouvant approcher de la gare. C’était triste de voir tout ce grouillement dans le froid, l’obscurité, le vent et la pluie – et dire que le trajet devait durer 46 heures pour arriver en Suisse. Que sont-ils devenus ?

A Amay, il reste 8 hommes infirmes et une quarantaine de femmes qui n’ont pas voulu signer pour partir. » B.W.

Vendredi 11 ‘mai 1917’  :

Nous parvenons à caser à Amay dans le grand local à peu près tous les vieillards – chez Marchandise les jeunes ; chez Pire Herbillon sont les vieux alités et chez Coffet les vieilles alitées (17). Les docteurs Fievez, père et fils, s’occupent des femmes – Davin et moi, des hommes. Il est venu un inspecteur de Liège pour voir comment cela s’organise.

Après-midi je vais en voiture avec un employé d’Amay faire le tour des villages voisins pour tâcher de rechercher et d’échanger les baluchons qui ont été mêlés, mais on ne sait rien retrouver. Dans les autres localités, les bonnes gens logent chez l’habitant ; à Ampsin une vieille malade est morte ; au Stockay, il y en a deux.

J’ai dû ce matin faire enfermer un vieux devenu fou.

Lundi 14 ‘mai 1917’ :

Il y a à Bodegnée un vieux ménage français dans la vieille maison.

Toujours des embarras pour caser et organiser les services des vieux. Un a dû être mis au cachot de la gendarmerie, pris de fièvre chaude[1].

Mardi 15 ‘mai 1917’ :

La Commission médicale de Huy vient à Amay à la demande de l’administration, pour visiter les locaux affectés aux réfugiés et aux forçats, au point de vue des mesures hygiéniques à prendre. On a enterré notre 1er vieux Français mort hier matin.

Vendredi 18 ‘mai 1917’  :

Nouvel émoi dans le village par l’annonce de la Kommandantur de 500 nouveaux réfugiés à Amay – Toujours la margaille au sujet du logement et de l’alimentation de nos hospitalisés, qui réclament manquer de couvertures, de linge, etc. et impossible de les aider. Quelle situation !

19-20-21 ’mai 1917’ :

Toujours de nouveaux emménagements pour tâcher de caser nos vieillards, hommes et femmes qui sont à l’étroit dans les locaux d’abord choisis. On trouve des maisons supplémentaires pour caser les plus valides.

Jeudi 24 ‘mai 1917’ :

La Commission médicale vient de nouveau à Amay inspecter les locaux des réfugiés.

Mercredi 30 ‘mai 1917’ :

On enterre un second hospitalisé français décédé lundi.


[1] Fièvre chaude : (selon le dictionnaire médiadico) état maladif qui se reconnait par l’accélération du pouls et l’augmentation de la chaleur du corps. Vive agitation, anxiété.